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La CNV, c’est quoi en fait ?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la Communication NonViolente (CNV) n’est pas le simple fait de « communiquer sans violence ». C’est un processus très précis créé par Marshall Rosenberg permettant de mieux comprendre et de clarifier ce que l’on vit intérieurement face à une situation. Ça n’a peut-être l’air de rien comme ça, mais quand on est empêtré dans une émotion avec l’impression qu’on ne contrôle rien, que l’on est victime de quelqu’un ou des événements, comprendre ce qui se joue est une véritable bouffée d’oxygène et de liberté qui suffit bien souvent à se sentir mieux.

Voici ci-dessous les principes de base.

 

La CNV part du postulat que :

 

- L’humain est par nature bienveillant mais il peut devenir extrêmement violent et agressif lorsqu’il est coupé de sa nature profonde.

 

- Tout ce que nous faisons/disons/ressentons est motivé par un besoin sous-jacent. Quand je me prépare un thé, je suis motivée par un besoin d’hydratation, ou encore de chaleur, ou de réconfort ; quand je lis un livre, je peux être poussée par un besoin d’évasion, de détente, ou d’apprentissage ; quand je rencontre des amis, je nourris un besoin de lien, etc.

 

- Les besoins sont universels. Nous avons tous les mêmes, indépendamment de notre culture, de notre éducation, de notre personnalité. Ce qui nous différencie, c’est notre manière de les satisfaire (que l’on appelle en CNV les stratégies). Par exemple, nous avons tous un besoin de détente, mais untel va choisir d’aller à la plage, un autre va trouver la détente à travers un film, un autre encore en allant faire du sport. Même l’être humain qui maltraite une autre personne (verbalement ou physiquement) le fait pour nourrir un besoin, il a simplement choisi une "mauvaise" stratégie. Vous me suivez ? Il ne s’agit pas d’excuser quoi que ce soit, mais de comprendre ce qui se passe.

 

Les 4 étapes de la CNV

 

Pour voir une situation à travers le prisme de la CNV, on va classer les éléments de cette situation en 4 catégories : l’observation, le sentiment, le besoin et (éventuellement) la demande.

On parle d’étapes, mais en fait il est courant de faire des allers-retours. Observation-sentiment-besoin-sentiment-observation-besoin… parce qu’on range ces éléments au fur et à mesure qu’ils arrivent à notre conscience.

Voyons maintenant ces 4 étapes.

 

1) Observation

 

Constater les faits objectifs. Ce que pourrait filmer une caméra. C’est-à-dire sans interprétation, sans émotionnel, sans jugement même implicite.

Exemple : « Il pleut » est une observation ; « Il fait un temps pourri » n’en est pas une.

Autre exemple : « Elle dit : ‟Crétin !” » est une observation ; « Elle m’insulte » n’en est pas une.

Petite parenthèse à propos de l’exemple ci-dessus. On pourrait rétorquer qu’on ne va pas chipoter, tout le monde sait que ‟crétin” est une insulte. Sauf que, imaginons que cette personne ait nommé son chien Crétin. J’interprète qu’elle m’insulte alors qu’elle ne fait qu’appeler son chien. On est d’accord, c’est un exemple caricatural. Mais parfois les situations sont plus subtiles et alors ça devient difficile de faire la différence. Par exemple, peut-être qu’elle n’appelle pas son chien mais qu’elle parle une autre langue, ou bien peut-être encore qu’elle souffre d’une maladie mentale. Dans tous ces cas, j’aurai interprété qu’elle m’insulte alors que ce n’était pas le cas. D’autre part, si son intention était réellement de m’insulter, détacher ce fait de mon interprétation va me permettre, dans la suite du processus, de reprendre la responsabilité de mon ressenti et donc mon pouvoir face à la situation.

 

2) Sentiment

 

Dans cette étape, on va identifier ce que l’observation fait naître en soi comme sentiment, émotion ou sensation. Là encore, sans jugement, et en détachant de ce sentiment tout ce qui n’est pas soi-même. Les événements et les autres protagonistes éventuels apparaissent dans l’étape observation, pas dans celle-ci.

Exemples : « Je me sens triste », « je suis écœuré », « j’ai peur », « j’ai mal au ventre », « je suis fou de rage », « je ressens un certain malaise »

« Je me sens agressé » ne peut pas être considéré comme un sentiment, car le mot « agressé » implique que quelqu’un vous agresse, et met donc l’attention sur l’autre plutôt que sur vous-même. Si vous avez l’impression d’être agressé, demandez-vous ce que cela vous fait d’être agressé. Vous pourriez dire comme sentiment : « Je suis terrifié, choqué » ou « je me sens en colère », ou encore : « je tremble », « j’ai envie de pleurer »

 

3) Besoin

 

Le besoin est l’aspiration profonde qui se cache derrière votre mal-être. C’est lui qui fait que vous ressentez le sentiment identifié précédemment. Un de vos besoins fondamentaux n’est pas satisfait par l’observation du début.

Un besoin doit être détaché de toute stratégie, c’est-à-dire de tout moyen pour le satisfaire, de toute personne et de toute circonstance particulière.

Exemples : « J’ai besoin de sécurité », « j’ai besoin d’aide », « j’ai besoin de considération », « j’ai besoin de calme »

« J’ai besoin d’un café » ne désigne pas un besoin, mais une stratégie. Le café va être la stratégie, le moyen choisi pour nourrir un besoin de soutien, par exemple, ou de réconfort.

 

Voici une liste de besoins.

Il se peut que votre besoin ne soit pas dans la liste. Le plus important n’est pas de trouver un mot, mais de sentir en vous cette aspiration. En imaginant la situation (l’observation) telle que vous la souhaiteriez, identifiez ce que cela vous permettrait de vivre d’agréable.

Imaginons par exemple que quelqu’un dise une chose qui vous déplaît. Essayez de compléter cette phrase : « Si cette personne (ou une autre) avait le comportement inverse, cela me permettrait de vivre… » Est-ce le respect ? La considération ? La bienveillance ? Ou quelque chose de plus subtil que vous n’arrivez pas encore à nommer ?

 

4) Demande

 

Avoir identifié le ou les besoins est déjà très libérateur. Comprendre pourquoi on se sentait mal nous fait du bien, et l’on peut souvent s’arrêter là. Mais parfois, la clarté obtenue nous inspire une demande à formuler pour modifier la situation. Cela peut être le cas surtout si une autre personne est impliquée, mais on peut aussi s’adresser une demande à soi-même.

 

La demande est positive (pas de négation), concrète, mesurable et négociable, c’est-à-dire qu’on doit pouvoir recevoir un « non » sans en être trop affecté.

Exemple de demande :

« Serais-tu d’accord pour qu'on prenne un temps après le dîner pour en parler ? »

Écouter son chacal intérieur

 

C’est bien beau de faire du rangement, mais il est aussi très important de laisser un espace de liberté à l’intensité de ce qu’on ressent.

Les réactions spontanées, désordonnées et naturelles qu’on vit face à une situation sont représentées en CNV par un chacal à l’intérieur de nous. Quand le chacal a envie de mordre, il peut être extrêmement frustrant et douloureux de vouloir le faire taire pour respecter le processus : « Je dois trouver l’observation sans juger », « Je dois trouver le besoin sans impliquer l’autre », etc.

 

Le chacal, c’est la vie en nous, c’est lui qui nous donne accès au besoin, il ne faut donc pas le rejeter, ni le faire taire, au contraire ! Mais comme il est parfois très violent, il n’est pas socialement admis et peut faire du mal autour de lui. Toutefois, si on lui donne un espace dédié où il peut être entièrement lui-même, il ne représente plus aucun danger puisqu’il peut se défouler sans être dirigé vers quelqu’un.

 

On va donc lui offrir cet espace. Le chacal n’a pas sa place dans le processus lui-même, aucune des 4 étapes ne lui permet vraiment de s’exprimer, alors on va ajouter une étape, ou plutôt une case, un espace qui lui est réservé.

 

C’est comme si, au lieu de le laisser mordre les gens (en le laissant crier après quelqu’un en direct), et au lieu de l’enfermer dans une cage où il va devenir fou furieux, on le lâchait dans un grand jardin où il peut courir et aboyer à son aise.

 

Attention, le chacal peut aussi être très doux, il est important de savoir le repérer quand même. On mettra dans la case du chacal tout ce qui n’entre pas dans les 4 étapes. C’est-à-dire tous les jugements même valorisants (« Elle est belle » ; « Il est très généreux » ; « Tu as raison ») ; toutes les pensées même celles qui semblent vraies et sages (« J’ai l’impression que… » ; « Cette personne doit sûrement… »).

 

Mise en pratique

 

Vous pouvez expérimenter le processus en imprimant cette page, ou en traçant simplement 5 cases sur une feuille.

Il est possible aussi de suivre les étapes de tête, mais pour commencer il sera beaucoup plus facile de s’aider d’un support visuel.

Voici deux façons de procéder :

- Soit vous écrivez dans les cases les différents éléments à mesure qu’ils se présentent à vous ;

- Soit vous n’écrivez pas, vous faites le processus à l’oral, mais en posant votre doigt chaque fois sur la case concernée, pour bien repérer où vous êtes. Il est important de rester clair sur l’endroit où l’on est. Surtout quand votre petit chacal prend la parole, mettez-le bien dans son jardin pour qu’il puisse courir librement  :-)

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